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Double matérialité

Double matérialité : ce que les ETI doivent savoir (sans se faire peur)

Publié le 18 avril 202612 min de lecturePour dirigeants d'ETI et responsables RSE

"Double matérialité. Vous avez vu ce terme dans les articles sur la CSRD. Mais qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Et surtout, est-ce que ça vous concerne en tant qu'ETI ?"

La double matérialité en deux phrases

La double matérialité, c'est l'idée qu'une entreprise doit regarder son impact dans deux directions :

🌍 Matérialité d'impact

L'impact de l'entreprise sur le monde

Exemple : vos émissions de CO₂, votre consommation d'eau, vos conditions de travail, votre contribution à l'économie locale.

"Qu'est-ce que je fais à la planète et à la société ?"

💰 Matérialité financière

L'impact du monde sur l'entreprise

Exemple : la hausse du prix du carbone, les nouvelles réglementations, les risques climatiques sur vos sites, les attentes de vos clients.

"Qu'est-ce que le monde me fait ? Quels sont mes risques et opportunités ?"

La double matérialité, c'est prendre en compte les deux dimensionsen même temps.

Qui est concerné par la double matérialité ?

📐 La règle des 2 critères sur 3

La CSRD s'applique à toute entreprise qui dépasse au moins 2 des 3 seuils suivants :

CritèreSeuil
Effectif> 250 salariés
Chiffre d'affaires net> 50 M€
Total bilan> 25 M€

⚠️ Le bilan est souvent le critère qui fait basculer une entreprise dans l'obligation, même si son CA ou ses effectifs semblent proches des seuils. Ne l'oubliez pas.

Grandes entreprises soumises à la CSRD

Si votre entreprise dépasse 2 de ces 3 seuils, elle est soumise à la CSRD et l'analyse de double matérialité est obligatoire. C'est le cas de nombreuses ETI, qui peuvent atteindre ces seuils même avec un effectif modéré.

Exemple : 280 salariés (seuil effectif dépassé) + bilan de 30 M€ (seuil bilan dépassé) = soumis à la CSRD, même si le CA est inférieur à 50 M€.

ETI proches des seuils

Votre entreprise ne dépasse aujourd'hui qu'un seul seuil sur trois ? Vous n'êtes pas encore soumis à la CSRD. Mais si votre activité croît, vous pourriez y entrer dès l'exercice suivant.

Exemple : 260 salariés (seuil dépassé), CA de 42 M€ (sous le seuil), bilan de 20 M€ (sous le seuil) = 1 seuil sur 3 → pas encore soumis à la CSRD, mais à surveiller.

Dans ce cas, anticiper l'analyse de double matérialité est une bonne pratique : cela évite de devoir tout construire dans l'urgence.

PME (moins de 250 salariés, CA ≤ 50 M€, bilan ≤ 25 M€)

Les PME ne dépassant aucun ou qu'un seul seuil ne sont pas concernées par la CSRD et n'ont pas à réaliser d'analyse de double matérialité. Le standard VSME propose une approche simplifiée et volontaire pour identifier les enjeux pertinents.

Pourquoi les ETI devraient s'y intéresser ?

1. Si vous dépassez 2 seuils sur 3

Vous êtes légalement tenu de réaliser une analyse de double matérialité dans le cadre de votre reporting CSRD. Pour les entreprises déjà soumises (exercice 2025, rapport 2026), il est urgent d'agir.

2. Pour anticiper la croissance

Si vous dépassez aujourd'hui un seul seuil, mais que votre entreprise croît, vous pourriez en franchir un second dès l'an prochain. Mieux vaut construire les fondations maintenant que de devoir rattraper en urgence.

3. Pour répondre aux demandes de vos clients

Si vous fournissez des grandes entreprises soumises à la CSRD, elles vous demanderont probablement des informations RSE sur votre propre activité. Une analyse de double matérialité (même simplifiée) montre votre maturité et votre sérieux.

4. Pour identifier vos risques et opportunités

L'analyse de double matérialité n'est pas qu'une contrainte réglementaire. C'est un outil stratégique. Elle vous aide à identifier :

  • Les risques qui pourraient impacter votre activité (climat, réglementation, réputation)
  • Les opportunités (marchés verts, innovation, avantage concurrentiel)

Comment faire une analyse simplifiée (sans se perdre)

Pas besoin d'un cabinet de conseil à 50 000€. Voici une méthode en 5 étapes :

1

Listez vos enjeux potentiels

Brainstorming avec votre équipe. Utilisez les listes ESRS ou VSME comme base.

Exemple : émissions CO₂, consommation d'eau, conditions de travail, éthique des affaires...

2

Consultez vos parties prenantes

Les ESRS exigent formellement d'impliquer vos parties prenantes dans l'analyse : salariés, clients, fournisseurs, investisseurs. Même simplifié, ce dialogue enrichit et légitime votre analyse.

Un questionnaire court suffit pour commencer.

3

Évaluez l'impact de l'entreprise sur le monde

Pour chaque enjeu, notez de 1 à 5 : quelle est l'ampleur de votre impact ?

1 = faible impact, 5 = impact majeur

4

Évaluez l'impact du monde sur l'entreprise

Pour chaque enjeu, notez de 1 à 5 : quel est l'impact financier ou stratégique pour votre entreprise ?

1 = impact faible, 5 = impact majeur (risque ou opportunité)

5

Créez une matrice et documentez

Placez chaque enjeu sur une matrice (impact sur le monde en ordonnée, impact sur l'entreprise en abscisse). Les enjeux en haut à droite sont vos priorités.

Pour les enjeux prioritaires, définissez des actions et des indicateurs de suivi. C'est la base de votre plan d'action RSE.

Note : la matrice est un outil de visualisation utile, pas la méthode officielle ESRS en elle-même.

Exemple concret : une ETI du secteur industriel

Contexte : ETI de 300 salariés, CA 45 M€, bilan 22 M€ — sous-traitant automobile

Situation vis-à-vis de la CSRD : 300 salariés (seuil effectif dépassé) + CA 45 M€ (sous le seuil) + bilan 22 M€ (sous le seuil) = 1 seuil sur 3 dépassé → pas encore soumise à la CSRD. Mais avec une croissance du bilan probable, c'est une situation à surveiller.

EnjeuImpact sur le mondeImpact sur l'entreprisePriorité
Émissions CO₂ (Scope 1 et 2)4/5 (processus énergivores)4/5 (prix de l'énergie, réglementation)Haute
Consommation d'eau2/5 (faible)1/5 (non significatif)Basse
Conditions de travail3/5 (impact sur les salariés)4/5 (turnover, attractivité)Haute
Dépendance aux fournisseurs2/5 (indirect)5/5 (ruptures d'approvisionnement)Haute

→ Résultat : l'ETI va concentrer ses efforts sur la réduction des émissions CO₂, l'amélioration des conditions de travail et la sécurisation de sa chaîne d'approvisionnement. Et elle surveille son bilan pour savoir si elle bascule dans l'obligation CSRD l'an prochain.

Le conseil Small Actions : Ne cherchez pas la perfection dès la première année. L'important est de commencer, d'impliquer vos équipes, et d'améliorer votre analyse chaque année. C'est un processus itératif.

Questions fréquentes

La double matérialité est-elle obligatoire pour les ETI ?

Cela dépend de vos seuils. Si votre entreprise dépasse 2 des 3 critères CSRD(effectif > 250, CA > 50 M€, bilan > 25 M€), la double matérialité est obligatoire. Attention : le bilan est souvent le critère méconnu qui fait basculer dans l'obligation. Si vous ne dépassez qu'un seul critère, vous n'êtes pas encore concerné, mais vous pouvez l'être rapidement si votre entreprise croît.

Quelle est la différence avec l'analyse VSME ?

Le VSME (standard volontaire pour les PME) propose une approche simplifiée : identifier les enjeux pertinents, sans formaliser la double matérialité au sens ESRS. C'est adapté aux PME et aux ETI non soumises à la CSRD. Pour une ETI soumise à la CSRD ou souhaitant une vision plus stratégique, la double matérialité ESRS est plus complète.

Combien de temps prend une analyse de double matérialité ?

Pour une ETI, comptez 2 à 4 semaines en interne (ou 1 à 2 jours avec un consultant). L'essentiel est de bien impliquer les bonnes personnes (direction, opérationnels, RSE) et de ne pas oublier la consultation des parties prenantes.

Faut-il un consultant ?

Non, vous pouvez le faire en interne avec la méthode décrite ci-dessus. Un consultant peut accélérer le processus et apporter un regard extérieur, mais ce n'est pas obligatoire.

En résumé

La double matérialité n'est pas qu'une contrainte réglementaire. C'est un outil stratégique puissant pour comprendre vos risques et opportunités.

Pour les ETI, le moment d'agir dépend de votre situation au regard des 3 seuils CSRD :

  • Vous dépassez 2 seuils sur 3 : vous êtes soumis à la CSRD, la double matérialité est obligatoire.
  • Vous dépassez 1 seuil sur 3 et êtes en croissance : anticipez dès maintenant.
  • Vous êtes clairement sous les seuils : le VSME suffit, mais la démarche reste un atout commercial.

Commencez simple. Impliquez vos équipes. Améliorez chaque année.

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Article rédigé par l'équipe Small Actions. Dernière mise à jour : avril 2026.